Hier je suis allé voir "La nuit nous appartient" et je dois bien avouer que j'y suis allé un peu à reculons: les précédents films de James Gray (The yards & Little Odessa) m'ayant passablement ennuyé... Même s'ils sont très bien réalisés et interprétés, j'ai toujours trouvé qu'ils n'étaient pas impliquants, car trop froids et trop distanciés.
J'avais peur qu'il en soit de même avec "la nuit nous appartient", j'avais tort... ça faisait même un petit moment que je n'avais pas été autant impliqué dans un film.

L'histoire est simple, "presque" classique, mais elle fonctionne redoutablement.
Bobby (excellent Joaquin Phoenix, dont le regard habité rappelle, je trouve celui de Mel Gibson) est un peu le mouton noir de sa famille: son père et son frère sont dans la police, tandis que lui tient une boite de nuit et mène une vie assez rock n' roll. Tout va basculer pour lui le jour ou la police va s'intéresser de près à un dangereux trafiquant de drogue, familier du club que tient Bobby. Pour ne pas se retrouver entre deux feux, Bobby va devoir choisir son camp: aider les flics à coincer le truand ou protéger son établissement, autrement dit il devra choisir entre préserver son choix de vie (en complète opposition avec sa famille) et sa famille.

Avec une économie de scènes, le
scénario pose très rapidement les bases de
l'intrigue et le dilemme cornélien (du sang
) auquel va avoir à faire Bobby. Et
là ou le film surprend et attrape le spectateur, c'est que
ce dilemme est très vite résolu (alors que dans une
narration classique, il aurait culminé lors du climax de
fin), pour laisser place aux conséquences de ce choix
au niveau relationnel et existentiel (tout le destin/fatum de Bobby
est en jeu)

Si ce film réussit aussi bien à impliquer le spectateur, c'est donc en grande partie grâce au cheminement inattendu de son histoire, mais pas seulement: la réalisation de James Gray y est également pour beaucoup. Le réalisateur garde toujours le style sec de ses précédents films, mais à plusieurs reprises, aux moments forts de son récit, il opte pour un réalisation viscérale.
A ce titre, deux séquences courtes mais très marquantes m'ont cloué sur place, deux séquences qui par leur parti pris de mise en scène, leur montage et surtout leur traitement sonore délivre une atmosphère anxiogène des plus efficaces:
- la visite du repaire des trafiquants ou les palpitations du coeur de Bobby infiltré se font de plus en plus envahissantes à mesure que son stress augmente
- une course poursuite en voiture, sous une pluie battante, ou ce sont cette fois ci les essuie-glaces qui scandent de plus en plus bruyamment le rythme (& la tension) de la scène.
Le scénario, la réalisation et l'interprétation sans faille font de ce film un petit bijou particulièrement remuant à voir absolument. Ah oui, et la musique de Wojciech Kilar est très bien (même si elle a parfois tendance à souligner un peu trop les séquences d'émotions)
O.



